Disparition de Jean-Pierre De Loof

Jean-Pierre De Loof a été embauché au CNEXO/Ifremer en 1983 pour diriger la technologie sur le Centre de Brest (le COB à l’époque). Il est devenu en 1987 le directeur (au Siège de l’avenue d’Iéna à l’époque) de l’ensemble de la technologie d’Ifremer, sous des appellations diverses dont certaines sont restées dans les mémoires (la DITI – Direction de l’Ingénierie, de la Technologie et de l’Informatique). Dans ce rôle, il a pris l’initiative (propre à sa direction) de mettre en place une comptabilité analytique des projets, ce qui fut dans les années 1990 étendu à tout l’Ifremer, permettant ainsi à l’Institut d’être paré -sur le plan de la gestion- pour répondre aux appels d’offres publics, notamment européens. Il a pris sa retraite vers 1998, mais son passage de 15 ans à Ifremer a marqué l’institut. L’hommage qui suit consiste en 4 témoignages personnels, que nous reproduisons tels quels :

Bertrand de Lagarde :

J’ai connu Jean-Pierre en 1962. Nous étions dans la même école d’aéronautique où il finissait ses études tandis que moi-même je les commençais. Depuis, nous nous sommes toujours retrouvé que ce soit en famille, en entreprise ou en activités sportives. Nous avions beaucoup travaillé ensemble chez Bertin dans le domaine de la mécanique des fluides de 1969 à 1980. Nous avons fait quelques publications communes dans ce domaine. Puis nous nous sommes retrouvés à L’Ifremer de 1983 jusqu’à son départ à le retraite. Sa passion était le vol à voile. Avec quelques amis, nous avions entrepris l’étude et la construction d’un planeur dont nous avons réalisé ensemble le premier vol dans les années 1980, lui pilotant le remorqueur et moi le planeur. Pendant sa retraite, il a été très actif à la fédération française de vol à voile notamment pour le développement de normes communes d’homologation au niveau européen. Ce qui m’a toujours séduit chez Jean-Pierre, c’est sa force et sa détermination. Dans ses différentes activités, il a toujours été un meneur, n’hésitant pas à se mettre les mains dans le cambouis quand c’était nécessaire et à encourager ceux qui étaient dans la difficulté. Je n’oublie pas non plus cette grande souffrance qu’il partageait avec son épouse à la suite d’un accident ayant handicapé leur tout jeune enfant, et tous les efforts qu’ils ont dû déployer tout au long de leur vie pour lui permettre de vivre sereinement. Pour moi, Jean-Pierre a été un ami, un confident et un battant.

Guy Herrouin :

J’ai connu Jean Pierre de Loof, responsable d’un service de traitement du signal et hydrodynamique, chez Bertin vers le milieu des années 70. Bertin était une importante société de recherche sous-contrat créée par Jean Bertin en 1956 connue pour les applications du coussin d’air (terrestre et maritime) mais active aussi sur des secteurs tels que l’aéronautique, la défense et le nucléaire. Je l’ai connu en particulier vers 1978 car nous souhaitions mieux comprendre la dynamique des « jupes » confinant le coussin d’air. J’étais alors directeur technique de la SEDAM (Société d’étude des aéroglisseurs marins) dont Bertin était actionnaire. Il a pris en charge ce sujet difficile avec son équipe, avec satisfaction. Il me semble que Bertrand de Lagarde faisait partie de cette équipe. Jusqu’à la cessation d’activité de la SEDAM, en 1983, nous avons eu des échanges sur des sujets d’hydrodynamique complexes.
Quelle surprise quand nous nous sommes retrouvés à l’Ifremer mi-1983 ! Je crois que Yves Sillard voulait ouvrir l’Ifremer, qui venait de fusionner avec l’ISTPM, à des compétences nouvelles telles que celles développées chez Bertin. D’ailleurs Bertrand de Lagarde et Jean Pierre Morel, de chez Bertin, ont également été recrutés à Ifremer. Nous avons peu de relation avec Jean-Pierre dans les années 80 car il a dirigé des services à Brest et j’étais à Toulon pour l’études des ressources minérales sous-marines. Nous avons repris des échanges au début des années 90 quand il dirigeait la DITI et que j’ai dirigé l’intervention sous-marine. En 1994 je lui ai succédé à la DITI. Il avait très bien organisé cette direction j’allais dire « très opérationnelle ».
Nous avons eu souvent des discussions passionnantes sur de nombreux sujets pas seulement techniques. On sait aussi sa passion pour les avions et surtout les planneurs depuis que dans les années soixante, il a créé avec un groupe de copains, salariés de la société Bertin, dont Jean Cayla, un pionnier dans ce domaine, que j’ai bien connu aussi, un club d’aéronautique à Chavenay!
Jean Pierre aura à l’évidence eu un rôle déterminant à Ifremer.

Bruno Barnouin :

Ma première rencontre avec JP Deloof a eu lieu …. chez BERTIN , une entreprise de R&D sous contrat bien connue dans les années 70 (l’aérotrain…) . Il y dirigeait un service orienté traitement du signal et hydrodynamique et avait repéré un papier que j’avais publié dans la revue de l’ATMA ; j’étais intéressé par son offre d’emploi … que j’ai finalement déclinée. Quelques années après , il m’appelle pour m’annoncer que Y.Sillard a retenu sa candidature pour diriger la DITI : on se retrouve!!!  JP Deloof était un homme de « projets », avant l’heure : avec l’aide de J.Sur il met en place une comptabilité analytique par projet, ce qui lui vaut quelques ennuis avec la DAF… elle meme contrainte d’en faire autant dans les années qui suivent … mais , bien sur, avec un outil informatique différent ! Mais tout finit par s’arranger : JP Deloof était d’abord soucieux de résultats , et ne rentrait pas dans les querelles d’ego . Il plaçait un grande confiance dans ses chefs de service , les soutenait dans les difficultés, les informait parfaitement des orientations de la DG , .. et les écoutait ! Il est parvenu aussi a obtenir le respect ET l’estime de ses homologues directeurs , fonctionnels comme opérationnels , ce qui n’est pas évident, je puis en témoigner . Souvenir plus personnel : il ne m’a fait aucun reproche quand je l’ai court-circuité vis a vis d’Y.Sillard pour obtenir le feu vert pour mon année sabbatique, ni quand je l’ai « laché » pour partir à la DEL . Au contraire , il m’a encouragé à chaque fois , et a toujours continué à le faire . Bien que certains de ses projets « fétiches » ( NES , Halios , ..) n’aient pas abouti (merci Papon ..) , il a donné aux équipes technologiques de Brest et de Toulon une impulsion durable , une capacité de « s’autonomiser » vis a vis de leurs clients internes comme externes , et un élan qui ont perduré bien après son départ . Profondément attaché aux valeurs de solidarité et de « vivre ensemble », il a ainsi, discrètement mais efficacement contribué à forger cet état d’esprit de l’institut , à la fois résilient et ambitieux, que nous avons connu jusque dans les années 2000 . 

Jean Jarry :

Dans les années 80, j’étais chef du Service « intervention sous-marine » à la DITI, dirigée par Jean-Paul Guinard. Celui-ci, qui avait quelques problèmes de santé, fut remplacé en 1987 par Jean-Pierre De Loof qui venait du Centre de Brest. Je me souviens que les premières semaines de son arrivée à Paris furent assez mouvementées car il voulait bousculer toute l’organisation. Mais, très vite, un modus vivendi s’est installé entre nous et il m’a fait confiance pour l’aider à mettre en œuvre son système de programmation, les fameuses fiches projet, avant que je ne parte pour Toulon trois ans plus tard.
Jean-Pierre était un personnage un peu hors normes, très direct (trop pour certains) ce qui lui a attiré pas mal d’inimitiés. Mais il était dynamique, plein de bon sens et il avait du cœur.

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